Vis ma vie - épisode 2




Je pense que j'ai vécu mes plus grands moments de solitude lors de ces interminables réunions parents / profs.

Et pourtant on ne pouvait jamais se sentir vraiment seule car toujours entassée avec d'autres parents stressés et énervés qui attendaient plus ou moins patiemment devant les classes. Il y avait toujours 2 ou 3 chaises, jamais plus (why??? il n'y avait plus de chaises dans les classes??) donc, tu te retrouvais debout, transpirant dans tes bottes et ta doudoune (mais oui ça se passe toujours en hiver ce bazar) et priant que ça aille vite. Mais non.

Tu as toujours celle qui raconte sa vie et les prouesses de sa progéniture à la prof et qui pose des tonnes des questions, on va dire que c'est la bavarde angoissée. C'est la même qui te fait un monologue, que tu n'as pas vraiment encouragé, sur les performances et le niveau de la classe en attendant dehors (debout).
Tu as celle qui est hyper-pressée et qui essaie de gruger tout le monde en prétextant qu'elle a un rendez-vous important et qu'elle ne peut absolument pas attendre, mais que tu peux avoir sa place à 19H (la blague). Celle-là elle ne se fait pas de copains, c'est sur. Mais, oh surprise, elle arrive souvent à convaincre une âme charitable.
Après tu as le couple qui préfère affronter cet épreuve à deux. Monsieur très sérieux et grave, Madame agitée et perdue. On sent qu'il y a un cas désespéré derrière et qu'il faut prendre des mesures drastiques pour redresser la situation. (C'est une illusion, mais bon).
Et tu as celles qui viennent avec leurs gamins en bas âge, oui je comprends qu'elles ne peuvent pas faire autrement, et qui rajoutent une petite touche d'agitation impatiente à l'ambiance.
Ca court, ça crie, ça pleure et maman perd son calme et tout le monde autour s'arme de patience et tente l'air compréhensif. (Après tout on est tous passés par là.)
Et sur l'ensemble règne un climat de tension et d'appréhension palpables comme une couche épaisse de brouillard et d'ailleurs l'air est bien épais et ça pue le renfermé et légèrement la transpiration (car voir plus haut: manteau, hiver et chauffage à fond).
Il ne faut pas être claustrophobe dans ces moments-là et plutôt aimer la foule.
(Ce qui n'a jamais été mon cas :-D )

Il faut dire que, en dehors de ma fille qui était une bonne élève (à part en maths où le prof m'avait dit: oubliez tout, laissez tomber, c'est peine perdue et où l'on fêtait les 5 en interro comme une victoire) les garçons étaient des 'cas'. Pas complètement désespérés mais pas loin.
Des absences en veux-tu, en voilà et quand ils étaient présents, ils étaient souvent absents quand même, dans leur tête.

Beaucoup de difficultés à accepter de se conformer à ce système d'éducation rigide et peu stimulant pour un esprit qui a envie d'explorer par lui-même et de prendre des chemins non conventionnels.
(Une mère à l'esprit contestataire et un père artiste anti-conformiste ne doivent pas aider là-dedans, j'imagine).
Parfois ils faisaient des efforts. Quand c'était une matière qui les intéressaient. Ou quand le prof était charismatique et captivant.
Mais pour la plupart du temps, ils faisaient acte de présence et participaient mollement ou pas du tout.
Donc, j'appréhendais ces réunions pendant lesquelles j'entendais invariablement qu'ils avaient du potentiel, mais que ce serait bien qu'ils s'investissent plus. Oui, ben oui. Ce serait bien oui.

Ils étaient bons en langues. Brillants même.
Donc là, avec les profs de langues, j'étais tranquille et je passais un bon moment. J'entendais des compliments, ils étaient adorables et impliqués et tiraient la classe vers le haut (wouah!)
Une prof de français était tellement bienveillante, qu'elle trouvait plein de bonnes choses à dire, et pourtant mon fils ne se donnait aucun mal en français. J'avais limite honte devant tant de gentillesse si peu honorée. (Soupir).

Et puis il y avait ce prof d'anglais qui transpirait toujours abondamment (trop stressé le pauvre) et qui avait que des gentils remarques à faire. Il paraît qu'il transpirait également à grosses gouttes en classe, alors il se tamponnait le front avec des mouchoirs en papier en continue. Un jour il n'avait plus de mouchoirs, alors il était désespéré et il se tamponnait le front avec l'emballage en plastique. Cela m'a marqué cette histoire, ce pauvre monsieur. Alors en réunion parents / profs devant son air décomposé et confus, j'avais envie de lui tapoter la main en lui disant: tout va bien se passer.
Il est parti très tôt à la retraite. J'espère qu'il se détend maintenant.

Et puis il y avait cette prof d'histoire super sévère qui faisait un cours d'un niveau universitaire et qui était incroyablement exigeante. Elle arborait une coupe au carré impeccable et une voix grave et rouillée (c'était une grosse fumeuse). Pendant ce fameux rendez-vous qui concernait ma fille cette fois-ci (heureusement), j'essayais de la décoincer un peu en faisant une petite remarque (que je pensais être drôle). Pu....rée, le regard glacial qui m'a été adressé. Je me suis sentie toute petite et je me suis ressaisi immédiatement. Redressée, attentive et pas un mot de travers (très difficile pour moi). Grand soulagement quand je pouvais quitter la salle.

Et mon fils a eu son mari, prof d'histoire aussi. Lui, c'était: j'en ai rien à faire de votre système. Imposant, rapide, exigeant comme sa femme, esprit très vif. Tu participes ou tu meurs (sa femme c'était le même principe d'ailleurs. Si tu ne travaillais pas tu passais un salle moment dans leur cours).
Mais il était drôle avec son côté indépendantiste : c'est moi le chef. (C'est clair que cela me convenait.) J'attendais sagement dehors (fallait être sage avec lui aussi) et puis je vois apparaître au bout du couloir un couple hors haleine galoper vers la classe, affolé et complètement speed. Et ce monsieur prof d'histoire sort à ce moment de la classe, regarde sur la liste, demande à ce couple encore essoufflé, vous êtes qui, vérifie à nouveau sur la liste, prend un crayon et rature leur nom. Vous êtes en retard je vous prends plus. Pas la peine de discuter. Non, vous étiez pas à l'heure. L'année prochaine si vous voulez.
Oulalalaaa, ça ne rigolait pas. Après c'était mon tour et je faisais ma toute sage. Heureusement mon fils aimait son cours. Encore un ouf intérieur.

Et puis, il y avait les profs qui n'avaient aucune compréhension et aucune empathie. Qui ne regardaient pas en dehors de leur matière et qui ne voyaient pas le jeune dans sa totalité. Je me rappelle encore ce prof de maths qui présageait un avenir désastreux pour mon fils (en gros, qu'il ne réussira jamais rien) parce qu'il était mauvais en maths. Il ne se distinguait pas par son ouverture d'esprit.
Ou ce prof d'histoire qui avait visiblement un grand problème d'estime de soi et par dessus le marché un gros problème de communication (c'est formulé gentiment, je dirais aujourd'hui qu'il était un peu malade) et qui ne me regardait pas quand il parlait et qui déversait que des platitudes sans queue ni tête sur mon fils. (Qu'est-ce qui était passé par la tête du proviseur à embaucher ce garçon si mal dans sa peau et si mauvais comme prof...)

Mais le meilleur souvenir reste la prof d'allemand qui était aussi la directrice de l'école et qui avait fait preuve d'une grande gentillesse et d'une bienveillance hors pair dans ce cas compliqué qui était mon fils. On a été reçu et entendu avec beaucoup d'empathie et de compréhension et on l'a encouragé et accompagné pour qu'il arrive au bout de son parcours. Il a eu son bac avec mention. Le plus grand OUF de tous les temps. C'était pas gagné.
Aujourd'hui j'y pense à cette période avec beaucoup de soulagement (quelle angoisse pendant toutes ces années, que je partage sûrement avec d'autres parents) et une once de nostalgie.
Toutes ces personnes ont quelque part participé à la construction et à l'éducation de mes enfants et je leur envoie un immense MERCI.
Il y avait du bon et du mauvais et du très mauvais, mais il y avait beaucoup d'humanité et d'engagement aussi et c'est ça le plus important à retenir.
Mais je suis contente de ne plus attendre dans ces couloirs qui puent. Sincèrement ;-)



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