Le Wake-up-call
"Mais c'est d'une banalité affligeante", elle disait et me jetait un regard empreint de pitié et d'impatience. "Tout le monde divorce, cela n'a rien de dramatique."
J'avoue que j'avais envie de la frapper à ce moment-là.
Elle me balançait cette phrase avec une telle désinvolture et pourtant j'avais l'impression que tout s'écroulait autour de moi.
On était à la fin. La fin de la fin. Plus fin on ne peut pas.
Mais la fin arrive à pas de velours. Sournois et assez inaperçu.
Elle s'infiltre comme un voleur. Elle se loge dans le regard un peu vide. Elle se niche dans la conversation qui se limite à des échanges sur la logistique.
Elle se cache derrière la décision de faire chambre à part, parce que l'un des deux a le sommeil léger et ne veut pas être dérangé. Elle se masque derrière des efforts mous de garder le status quo et de faire semblant que tout va bien. Et elle s'affirme dans les petites trahisons et les grands mensonges.
Et le pire, quand tu te retrouves devant ce néant qui a été une relation amoureuse, un pan de ta vie, un amour (désormais lointain) tu t'aperçois que tu t'es trahi toi même.
A force de se cramponner à ce qui n'a plus raison d'être, tu t'es raconté toi-même les pires mensonges. Tu t'es noyé dans ce néant petit à petit.
C'est comme si tu avais abandonné ton âme sur un quai de gare froid et hostile en lui disant: attends-moi là, je te rejoindrai bientôt et on va prendre le train ensemble. Sauf que le train tu ne l'as jamais pris.
Tu n'es jamais venu récupérer ton âme sur ce quai de gare. Tu n'es même pas venu lui amener un pull ou un café chaud. Parfois tu l'as observé de loin et tu te disais, c'est vrai elle a froid et elle n'a pas l'air très bien en restant comme ça en attendant quelque chose dans cet environnement désolant.
Et elle avait quelque chose de désolé et de résigné elle-même.
Mais tu es resté loin. Tu avais peur d'agir. Tu avais peur d'échouer. Tu avais peur de toi-même.
Et puis le coup de massue sur ta tête. Le wake-up-call violent. La trahison sous tes yeux, tellement visible qu'il aurait fallu être mort pour ne pas la remarquer.
Le premier instinct c'est l'effondrement. Le second instinct c'est la colère. Et le troisième c'est l'instinct de survie.
Parce que tu as touché le fond. Parce que tu étais dénudé de tout et surtout de toi-même.
Et parce que, quelque part, tu as encore une once d'estime de toi.
Donc tu te dis: J'y vais. Je ne peux pas aller en arrière. Je ne peux pas rester, sinon je vais mourir et mon âme risque de se jeter sous le prochain train. Il faut que j'y aille, maintenant.
Donc tu te relèves. Difficilement, parce que ça fait longtemps que tu as oublié comment se tenir tout seul sur tes deux jambes. Parce que ça fait longtemps que tu n'as plus ressenti qui tu étais en dehors de ce néant, de ce vase clos certes connu, mais si vide.
Et tu lèves la tête et tu vois à travers le voile de tes larmes, un chemin.
Il est sinueux et étroit. Il n'a pas l'air très sûr et tu ne vois surtout pas où il te mène.
Mais c'est un chemin. Une promesse prudente. L'avenir d'un pas vers l'avant.
Et puis tu te mets en route, déjà pour récupérer ton âme, ou ce qui en reste, sur le quai de gare.
Alors tu arrives, essoufflé et un peu en panique, parce que, sait-on jamais? Est-ce qu'elle s'est jetée sous un train après tout ce temps?
Mais non. Elle est toujours là. Amaigrie, décharnée mais bien vivante.
Et tu la regardes et tu éprouves de la douleur de la voir ainsi mais aussi un soulagement.
Tu la prends dans tes bras et tu la couvres bien avec ton manteau et tu l'amènes à un endroit chaud et chaleureux ou elle peut récupérer ses forces et reprendre ses esprits.
Et tu lui montres ce début de chemin, flou mais bien là et elle est d'accord. Oui elle veut essayer de s'y aventurer avec toi. Risquer l'avenir. Ensemble.
Après quelques mois j'ai fait mes valises.
Et mon âme et moi et mes enfants, nous sommes partis, ensemble.
J'avoue que j'avais envie de la frapper à ce moment-là.
Elle me balançait cette phrase avec une telle désinvolture et pourtant j'avais l'impression que tout s'écroulait autour de moi.
On était à la fin. La fin de la fin. Plus fin on ne peut pas.
Mais la fin arrive à pas de velours. Sournois et assez inaperçu.
Elle s'infiltre comme un voleur. Elle se loge dans le regard un peu vide. Elle se niche dans la conversation qui se limite à des échanges sur la logistique.
Elle se cache derrière la décision de faire chambre à part, parce que l'un des deux a le sommeil léger et ne veut pas être dérangé. Elle se masque derrière des efforts mous de garder le status quo et de faire semblant que tout va bien. Et elle s'affirme dans les petites trahisons et les grands mensonges.
Et le pire, quand tu te retrouves devant ce néant qui a été une relation amoureuse, un pan de ta vie, un amour (désormais lointain) tu t'aperçois que tu t'es trahi toi même.
A force de se cramponner à ce qui n'a plus raison d'être, tu t'es raconté toi-même les pires mensonges. Tu t'es noyé dans ce néant petit à petit.
C'est comme si tu avais abandonné ton âme sur un quai de gare froid et hostile en lui disant: attends-moi là, je te rejoindrai bientôt et on va prendre le train ensemble. Sauf que le train tu ne l'as jamais pris.
Tu n'es jamais venu récupérer ton âme sur ce quai de gare. Tu n'es même pas venu lui amener un pull ou un café chaud. Parfois tu l'as observé de loin et tu te disais, c'est vrai elle a froid et elle n'a pas l'air très bien en restant comme ça en attendant quelque chose dans cet environnement désolant.
Et elle avait quelque chose de désolé et de résigné elle-même.
Mais tu es resté loin. Tu avais peur d'agir. Tu avais peur d'échouer. Tu avais peur de toi-même.
Et puis le coup de massue sur ta tête. Le wake-up-call violent. La trahison sous tes yeux, tellement visible qu'il aurait fallu être mort pour ne pas la remarquer.
Le premier instinct c'est l'effondrement. Le second instinct c'est la colère. Et le troisième c'est l'instinct de survie.
Parce que tu as touché le fond. Parce que tu étais dénudé de tout et surtout de toi-même.
Et parce que, quelque part, tu as encore une once d'estime de toi.
Donc tu te dis: J'y vais. Je ne peux pas aller en arrière. Je ne peux pas rester, sinon je vais mourir et mon âme risque de se jeter sous le prochain train. Il faut que j'y aille, maintenant.
Donc tu te relèves. Difficilement, parce que ça fait longtemps que tu as oublié comment se tenir tout seul sur tes deux jambes. Parce que ça fait longtemps que tu n'as plus ressenti qui tu étais en dehors de ce néant, de ce vase clos certes connu, mais si vide.
Et tu lèves la tête et tu vois à travers le voile de tes larmes, un chemin.
Il est sinueux et étroit. Il n'a pas l'air très sûr et tu ne vois surtout pas où il te mène.
Mais c'est un chemin. Une promesse prudente. L'avenir d'un pas vers l'avant.
Et puis tu te mets en route, déjà pour récupérer ton âme, ou ce qui en reste, sur le quai de gare.
Alors tu arrives, essoufflé et un peu en panique, parce que, sait-on jamais? Est-ce qu'elle s'est jetée sous un train après tout ce temps?
Mais non. Elle est toujours là. Amaigrie, décharnée mais bien vivante.
Et tu la regardes et tu éprouves de la douleur de la voir ainsi mais aussi un soulagement.
Tu la prends dans tes bras et tu la couvres bien avec ton manteau et tu l'amènes à un endroit chaud et chaleureux ou elle peut récupérer ses forces et reprendre ses esprits.
Et tu lui montres ce début de chemin, flou mais bien là et elle est d'accord. Oui elle veut essayer de s'y aventurer avec toi. Risquer l'avenir. Ensemble.
Après quelques mois j'ai fait mes valises.
Et mon âme et moi et mes enfants, nous sommes partis, ensemble.

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